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Le combat des makers espagnols contre le Covid-19

makery test

Cofondateur du Makerspace Madrid, Cesar Garcia Saez est un membre actif de la communauté des makers en Espagne. Il revient pour Makery sur la mobilisation des makers dans le soutien aux personnels soignants et exposés pendant la pandémie de Covid-19.

Ewen Chardronnet

[tooltips keyword= « des équipes de makers espagnols »]

[tooltips content= « WordPress Tooltips is a rich featured wordpress tooltip plugin »]L’Espagne a été l’un des premiers pays européens[/tooltips] touché par le virus SRAS-CoV-2, juste après l’Italie. Le 14 mars, le gouvernement espagnol a déclaré l’état d’urgence et imposé un confinement national. Au cours des trois mois qui ont suivi, des équipes de makers espagnols, montées pour l’occasion ou déjà existantes, se sont organisées et ont travaillé à distance pour répondre à la crise.

Des bénévoles assemblent des visières au Fab Lab Sant Cugat.

Avant le confinement

Au cours des semaines précédant l’état d’urgence en Espagne, les nouvelles en provenance d’Italie et de Chine ont souligné le besoin urgent de respirateurs pour traiter les patients dans les unités de soins intensifs. Sans mesure corrective, la nature exponentielle de la contagion menaçait de provoquer un pic de demandes pour ces dispositifs, et de nombreux décès potentiels.

Réalisant la nature critique du problème, plusieurs groupes à travers le monde ont commencé à travailler sur des solutions open source. En réponse à l’appel de Colin Keogh à développer un respirateur Open Source sur Twitter le 11 mars, un groupe dédié a été créé sur Telegram, parallèlement au groupe existant sur Facebook, afin de réunir spécifiquement les makers espagnols qui préféraient collaborer par l’application de messagerie.

Appel initial aux makers sur Twitter :

I have created a telegram group, maybe people can join and talk there? Open source is a great idea to help!! 💪💪 https://t.co/eGOZpeOxns

— Esther Borao (@EstherBorao) March 12, 2020

Dans le même temps, Jorge Barrero, directeur de la Fondation COTEC pour l’innovation, a appelé plusieurs membres de son réseau (dont l’auteur de cet article) à évaluer la faisabilité d’un respirateur peu coûteux imprimé en 3D. Après avoir reçu des réactions positives de plusieurs sources, en plus des nouvelles concernant un « petit » groupe de makers s’attaquant au problème, une initiative est née : A.I.RE (Ayuda Innovadora a la Respiración / Aide innovante pour la respiration), un groupe WhatsApp pour mettre en relation toute personne capable et désireuse d’aider : médecins, entreprises, makers, innovateurs, etc.

Comme pour le « petit » groupe de makers – Coronavirus Makers – l’initiative s’est répandue comme une traînée de poudre dans la communauté des makers espagnols. Le week-end précédant le confinement, le groupe Telegram est passé à 1 000 membres en moins de 48 heures. Deux semaines plus tard, il est passé à 16 500 membres !

Mais comment s’organise une communauté de milliers de membres ?

Tendances émergentes en période d’incertitude

Une fois que le groupe a commencé à se développer, le nombre de messages quotidiens a explosé. Il était donc de plus en plus difficile de communiquer efficacement, car certains sujets étaient abordés de manière répétitive, à l’infini. Il était vraiment difficile de savoir exactement ce dont on avait besoin à un moment donné. Mais bientôt, plusieurs groupes de travail se sont mis en place pour créer leurs propres canaux, invitant les personnes intéressées par leur sujet spécifique à les rejoindre.

De nombreux médecins et enthousiastes ont également été invités à se joindre à la conversation sur Telegram, mais les groupes pouvaient être assez bruyants et déroutants pour des personnes nouvelles sur la plateforme. David Cuartielles, co-fondateur d’Arduino, a créé un forum spécifique (Foro A.I.RE) pour une conversation plus lente, distillant les faits les plus pertinents sur le sujet. Le Foro A.I.RE a attiré quelque 4 000 personnes au cours du premier mois, qui ont partagé des articles, des nouvelles et même des modèles de référence pour les ventilateurs.

Sur Telegram, le nombre de sujets se développait de manière organique, même si les respirateurs restaient en tête de liste. L’équipe de Reesistencia a annoncé qu’elle allait commencer à travailler sur un respirateur open-source basé sur une valve de type Jackson Rees (d’où le nom « Rees-istencia »). Le 16 mars, ils ont partagé la conception initiale du Reespirator 23, qui comprenait une grande pièce imprimée en 3D pour presser la valve. Ils ont lancé un appel aux makers pour commencer le long processus d’impression de ces pièces.

Premier prototype du respirateur ReesistenciaTeam :

Primer, objetivo conseguido. A la espera de recibir el simulador de pulmón para programar todas las necesidades. Esto es gracias a vosotros, y por vosotros. pic.twitter.com/dkHGn8yAjd

— ReesistenciaTeam (@ReesistenciaT) March 18, 2020

Cet appel a donné naissance à de nouvelles chaînes régionales pour Coronavirus Makers, qui s’efforcent de produire les pièces localement. Comme la plupart des composants de la conception initiale étaient open source et basés sur des cartes Arduino largement disponibles, l’idée initiale était de produire les ventilateurs de manière distribuée, près des hôpitaux qui en avaient besoin.

Un autre sujet prioritaire sur les chaînes était l’équipement de protection individuelle, le besoin urgent d’EPI étant rapidement apparu comme l’un des plus grands défis de l’Espagne. Alors que la propagation du Covid-19 atteignait de nouveaux sommets, les nouvelles ont rapporté que l’Espagne était le pays où le nombre d’infections parmi les personnels soignants était le plus élevé. Les makers ont immédiatement commencé à travailler sur toutes sortes de lunettes de protection, de masques et sur les modèles de visières.

Le 16 mars, une publication dans le forum a fourni les preuves scientifiques sur l’utilisation des visières pour prolonger la durée de vie des masques et empêcher les grosses gouttelettes d’atteindre les protections en tissu et les yeux du personnel médical. À Oviedo, l’équipe de Reesistencia avait terminé le prototype et attendait un simulateur de poumon pour commencer à tester. Les makers désiraient aider à l’impression en 3D des pièces, que ce soit pour le respirateur ou tout autre projet.

Plusieurs makers ont commencé à créer et à partager des modèles de visières dans les groupes Telegram. Ces visières ont été imprimées par des makers dans toute l’Espagne et données aux voisins qui travaillaient dans les hôpitaux. Cet acte de générosité a permis des boucles de rétroaction extrêmement rapides. Les infirmières et les médecins les utilisaient pendant la journée et proposaient ensuite des idées pour les améliorer et les rendre plus confortables.

À la fin de la semaine, chaque région d’Espagne comptait un grand nombre de makers produisant des visières et les livrant aux hôpitaux. Vu le volume important de ce matériel de fortune utilisé dans les hôpitaux, certains ont commencé à se poser des questions sur la qualité des matériaux utilisés, les normes, la sécurité, etc.

Video présentant Coronavirus Makers, la fabrication d’EPI et les défis de la certification :

Désormais soumis à un nouvel examen, les groupes locaux ont demandé la validation de leurs autorités respectives. Certaines régions, comme les Canaries, ont autorisé les visières, suivant en cela les procédures standard de sécurité au travail, jusqu’à ce que d’autres pièces certifiées soient disponibles. Madrid a d’abord autorisé l’utilisation de visières imprimés en 3D le 24 mars, mais est ensuite inexplicablement revenu sur sa décision le 28 mars. Ce revirement a déclenché une énorme controverse, car aucun matériel de remplacement n’était disponible pour le personnel médical. Comment les autorités locales pourraient-elles préférer que les médecins et les infirmières continuent à travailler sans protection plutôt que d’autoriser les pièces imprimées en 3D, ne serait-ce que temporairement ?

Heureusement, dans d’autres régions comme la Navarre, le gouvernement local a contacté directement le groupe de makers et a même proposé d’aider à l’approvisionnement et à la distribution. Valence a suivi le mouvement en autorisant un modèle spécifique imprimé en 3D.

Les équipes locales de la Protection Civile et de la Croix-Rouge soutiennent la distribution des visières du Fablab Cuenca :

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Hoy queremos mandar un APLAUSO inmenso a los equipos de @cruzrojacuenca y @proteccióncivil del @ayuntamientodecuenca por la recogida y entrega de viseras, protectores y piezas varias como las válvulas de adaptación de mascarillas de respiración que toda la comunidad maker de cuenca está fabricando. Juntos los estamos consiguiendo!! #estoloparamosjuntos

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Pendant tout ce temps, le réseau Coronavirus Makers a réagi de manière organique, s’adaptant à l’évolution des conditions pour continuer à soutenir le personnel médical et les autres collectifs dans le besoin. Par exemple, le 30 mars, le gouvernement espagnol a interrompu toute activité des travailleurs non essentiels, afin d’empêcher tout mouvement supplémentaire pendant les vacances de Pâques. Cette mesure a imposé une pression supplémentaire aux fournisseurs de matières premières et de moyens de transport alternatifs. Une semaine, les visières étaient livrées par des bénévoles, la semaine suivante, ce pouvait être par des chauffeurs de taxi, et pendant le confinement le plus extrême, même les policiers et les militaires participaient au réseau de distribution !

À la fin de la première vague, le 10 juin, environ un million de visières avaient été produites et distribuées en Espagne par des makers bénévoles dans tout le pays. Une conception finale a été approuvée au niveau national, tant pour l’impression 3D que pour le moulage par injection, afin que chacun puisse produire une visière imprimée en 3D open-source et certifiée dans toutes les régions.

Illustration dans El Rincon de Miguel soulignant le rôle des makers dans l’impression des visières pour les travailleurs essentiels :

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Con las impresoras 3D a toda máquina, los MAKERS de Zamora, Benavente y León, siguen surtiendo a los sectores más necesitados, de las necesarias pantallas de protección para poder seguir luchando contra el coronavirus. Un gran aplauso por ellos, extensivo a tod@s l@s makers de España! #coronavirus #quedateeencasa #coronavirusmakers #huionfeature

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Fablabs, makerspaces et autres collectifs préexistants

Mais quelle est la relation entre le réseau Coronavirus Makers et les autres groupes et espaces de fabrication qui existaient avant la pandémie ? Bien que les situations soient différentes selon les régions, la plupart des fablabs, makerspaces et autres institutions ont été extrêmement actives dans la lutte contre la pandémie et ont contribué à l’approvisionnement des besoins locaux.

Fablab Mallorca, centre de distribution régional, inondé de visières produites par des makers bénévoles :

pic.twitter.com/QRKimB9RXU

— Fablab Mallorca (@FablabMallorca) April 1, 2020

Fablab Cuenca et Fablab Mallorca ont participé en tant que coordinateurs locaux pour les groupes Coronavirus Makers dans leurs régions, en soutenant d’autres makers et en aidant à la logistique et à l’équipement. Fablab Bilbao et Fablab Leon ont produit de nouveaux modèles de visières à l’aide de découpeuses laser, complétant ainsi la production des groupes de makers locaux par des milliers d’unités supplémentaires. Fablab Xtrene (Almendralejo), Tinkerers Fablab (Castelldefels) et Fablab Sevilla ont répondu aux besoins grâce à leurs réseaux préexistants. Des collectifs de makers tels que la Sevilla Maker Society ont également produit des EPI, en faisant appel à des partenaires inhabituels tels que le Betis Football Club pour aider à la distribution. Makespace Madrid a travaillé sur un respirateur open source, tout en fournissant des EPI à ses voisins.

Fablab Bilbao (Espacio Open) a rapidement produit des visières à l’aide d’une découpeuse laser :

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Están siendo días duros. Llevamos desde el sábado 24h. non stop y de verdad, no os imagináis los testimonios, la voz quebrada y las caras de nuestras sanitarias. Cuando todo pase os contaremos todos esos testimonios de doctoras que vienen de urgencia a coger viseras protectoras para su turno, personal de residencias desesperados, padres voluntarios desorientados que sólo quieren salvar a su hija… tremendo. 2.141 fabricadas y viseras entregadas. Desde el sábado pasado hemos pasado a ser un centro de creación a un centro de soporte sanitario, con zonas de fabricación, desinfección, manipulado y entrega, sobre la marcha y sobre la urgencia, siempre tratando de protegerles y protegernos. Un Centro de Fabricación y Entrega Rápida que esta escalando a otras ciudades. Nuestras vecinas @lestudiobilbao con Andrea a la cabeza con sus maravillosos tutoriales y Alexis con su interminable sonrisa cortando retales de metacrilato a mano si hace falta, siempre dispuesto, nuestros jovenes @breakers_bilbao que se estan comportando como auténticos adultos ante la situación, Nerea en coordinación con resto centros de la red, Tania y @contonente mejorando diseños, Karim que hoy durmió 2 horas… este es el mejor equipo que podemos tener estos días. Y desde ayer, además otros artistas y centros productivos ❤se suman para poder ir más rápidos y evitar más contagios @tunipanea y @bilboartesa ya tienen sus máquinas a pleno rendimiento, y vaya si se nota, voluntarios taxistas que van a y vienen, Juan Luis de #DYA que cada mañana nos recoge la producción operativo y dispuesto como nadie para #CovidEuskadi. Dona material y arranca las máquinas para producir en https://covideuskadi.net/ 1 persona fallecida cada 16’. Cambiemos este indicador ya, mañana será tarde. Y sin duda las quedadas de desahogo con @el_satch, @dcuartielles fundadores de Coronavirus Makers grandes evangelizadores, interminables motores de sociedad y adorables burners!! # #covid_19 #CoronavirusMakers #CovidEuskadi @espacio_open + @lestudiobilbao #osakidetza @sanidadgob @makemagazine @makerfaire @burningman #FabLabs #icc #ksi #cci #DeustukoErribera #FábricaArtiach #Zorrotzaurre

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Dans certains cas particuliers, les fablabs au sein de grandes institutions telles que les universités n’ont pas pu utiliser les espaces, en raison de la réglementation locale et de l’obligation de rester à la maison. Leurs membres ont généralement consacré leur temps et leurs réseaux personnels au soutien des groupes locaux de lutte contre le coronavirus.

La communication entre tous ces espaces a été possible dès le début grâce aux canaux de communication préexistants. Grâce au groupe WhatsApp partagé pour le CREFAB, le Réseau Espagnol de Création et de Fabrication Numériques a partagé des nouvelles, organisé les besoins locaux, les meilleures pratiques, etc.

D’autres organisations de fabrication numérique telles que Ayudame 3D et FabDeFab ont cessé leurs activités régulières pour aider à la production d’EPI, travaillant avec leurs partenaires et bénévoles, soutenant la cause, tout en conservant leur propre identité/marque.

Après trois mois de confinement

Au cours des trois derniers mois, Coronavirus Makers a évolué pour s’adapter aux besoins et a ensuite produit de nombreux autres types d’EPI. L’un des plus populaires est le « salvaorejas » (protège-oreilles), une pièce plate qui fixe les sangles derrière la tête plutôt qu’autour des oreilles lorsqu’un masque est porté pendant une période prolongée.

Exemple de protège-oreilles du groupe Covid Euskadi :

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Queremos hacer que vuestras jornadas sean mas llevaderas en esta lucha. Solicítanoslas. https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSdTGQ4UYtj3AIsGVfjYqn9vGDNdD-qUO1HMT00qdZfLDEiVKg/viewform

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Coronavirus Makers dispose également d’une grosse équipe dédiée au textile, qui travaille de manière éthique avec des ateliers et des petits magasins pour produire des EPI et créer des designs open source pour des masques de bricolage appelés +K rilla et +K Origami. Un groupe distribué produit des masques de qualité ICU en utilisant du silicone moulé par injection.

Instructions pas-à-pas pour le masque +K rilla :

D’autres groupes ont créé des logiciels tels que des applications mobiles pour gérer la logistique des livraisons ou pour encourager des habitudes saines, comme Higiene Covid-19, promue par le gouvernement équatorien.

L’Espagne devrait mettre fin à l’état d’urgence le 21 juin. Depuis la fin mai, la demande d’EPI a chuté et la plupart des gens reprennent leur travail habituel et/ou aident d’autres personnes dans leur quartier ou dans d’autres pays. Plus de 15 groupes de makers luttant contre le coronavirus dans d’autres pays, pour la plupart hispanophones, tentent actuellement de reproduire certains de ces procédés pour lutter contre le Covid-19 en Amérique latine.

Que sont devenus les respirateurs open source ?

Alors que l’Espagne a connu un nombre sans précédent de projets visant à mettre en place des alternatives open source et à faible coût pour aider les personnes gravement malades à respirer, le principal problème avec un si grand nombre de respirateurs/ventilateurs était que les étapes d’approbation, les exigences, etc., n’étaient pas clairement définies. Certains pays, comme le Royaume-Uni, ont publié un document avec des exigences claires, tandis que les États-Unis ont publié des directives spéciales avec des exigences de la FDA moins strictes pour l’approbation. En Espagne, en revanche, il n’existait pas de dispositions spéciales de ce type, de sorte que chaque équipe travaillant sur un ventilateur/respirateur était pratiquement seule.

Fin mars, A.I.RE, par l’intermédiaire de la Fondation COTEC, a réussi à organiser un appel d’offres ouvert avec les responsables du processus de certification de l’Agence espagnole des médicaments et des produits de santé (AEMPS). Au cours de cet appel, 115 personnes représentant plus de 35 projets ont pu poser des questions sur le processus de certification. Toutes ces informations ont ensuite été publiées pour guider officiellement le processus de développement. Une vidéoconférence récapitulative sur la certification des ventilateurs avec l’AEMPS et plusieurs équipes fut organisée.

Pour qu’un prototype soit approuvé pour un essai clinique, il devait passer des tests avec un simulateur pulmonaire, des essais sur des animaux en détresse respiratoire sévère et par la conformité électromagnétique. Une fois examiné, il devait recevoir le sceau d’approbation final du comité d’éthique de l’hôpital. Il pourrait alors être utilisé, si et seulement si aucun autre respirateur certifié n’était disponible pour le patient (lire cet article sur le blog Arduino Blog pour plus de détails).

En vertu de ces règles, sept prototypes ont réussi à passer tous les tests dans les deux semaines qui ont suivi. Plusieurs de ces équipes comprenaient des membres de grandes entreprises et/ou de centres de recherche, ayant une expertise dans la certification d’équipements cliniques. D’autres, en revanche, issus du monde des makers/designers, ont réussi à faire approuver et même fabriquer leur produit par de grandes entreprises, proposant des versions appropriables par les makers comme l’OxyGEN.

L’OxyGEN, de sa version prototype (à gauche), jusqu’à sa version industrialisée (à droite) :

Primera unidad industrial de OxyGEN-IP en sólo 14 días.
GRACIAS a la @AEMPSGOB por su confianza. Seguimos trabajando!

Made with 💙 by @protofy_xyz #coronavirus #COVID19 #makers pic.twitter.com/Ryi8CI35Mw

— OxyGEN (@OxyGEN_Project_) April 3, 2020

Alors que la création d’un ventilateur/respirateur à partir de zéro est une tâche herculéenne, une masse critique d’individus a rejoint cette course contre la montre. En moins d’un mois, l’Espagne est passée de zéro ventilateur/respirateur disponible à plusieurs appareils prêts à l’emploi.

À la fin de ce processus, l’impact du confinement avait réduit le nombre de patients sous soins intensifs. Les
deux seules entreprises produisant des ventilateurs/respirateurs certifiés ont décuplé leur production au cours du mois dernier, avec le soutien du ministère de l’industrie, de sorte qu’il y a eu beaucoup moins de besoins en respirateurs DIY/maker. Reesistencia Team a réussi des essais de son appareil avec des animaux, mais à ce jour, aucune version approuvée par l’AEMPS n’a été rendue publique.

Dans la tradition de l’open source, certains des projets ont bifurqué ou fusionné. Par exemple, le 24 avril, Reespirator 2020 était annoncé comme un fork du Reespirator 23 de la Reesistencia Team. Dans ce référentiel, ils expliquaient que, même si aucun de ces ventilateurs/respirateurs ne serait fabriqué en masse en Espagne, ils prévoient de continuer à les développer au profit d’autres pays dans le besoin.

Autres initiatives espagnoles

Au cours de ces trois derniers mois, les makers en Espagne ont pris contact avec d’innombrables entreprises, institutions et personnes partageant les mêmes objectifs. Ayuda Digital COVID (anciennement connue sous le nom de TIC para Bien), a apporté son expertise en matière de technologies de l’information pour aider à créer des éléments de l’infrastructure numérique. Frena La Curva (infléchir la courbe) s’est concentré sur les aspects sociaux, en connectant les offres et les demandes des communautés mal desservies. European Cluster Alliance a connecté les initiatives espagnoles à un réseau paneuropéen plus vaste, favorisant la pollinisation croisée des idées entre pairs européens. COVIDWarriors a facilité la mise en réseau avec des objectifs communs et a fourni à plusieurs hôpitaux des robots open source pour les essais cliniques. Le partage d’un objectif commun a permis une collaboration à plusieurs échelles, à des vitesses qui étaient impensables il y a quelques mois !

Gratitude finale

Tout le travail réalisé par les initiatives des makers espagnols n’aurait pas été possible sans le soutien de centaines d’entreprises et de personnes qui ont fourni des matières premières, des moyens de transport et d’autres éléments pour canaliser cette solidarité maker.

Remerciements spéciaux à tout notre personnel médical : médecins, infirmières et tous ceux qui ont participé à l’atténuation des graves conséquences de la pandémie de Covid-19 !

Suivre Cesar Garcia Saez sur La Hora Maker.

Plus d’infos sur Makerspace Madrid.

Cette série d’enquêtes est soutenue par le fond d’urgence Covid-19 de la Fondation Daniel et Nina Carasso.

Covid-19 : Rudi Floquet témoigne pour la KazLab, premier fablab de Guyane

Kazlab. crédit Kazlab

Rudi Floquet est co-fondateur et directeur de l’association Manifact, et de son fablab La KazLab, situé au Camp de la Transportation à Saint-Laurent du Maroni, en Guyane française. Il vient nous éclairer sur la mobilisation de leur fablab pendant le confinement.

Ewen Chardronnet

Makery s’est associé au site Covid-Initiatives dans les premières semaines du confinement. Aujourd’hui le site a donné naissance à l’association Solidaires pour Faire et cette dernière travaille avec L’Atelier des chercheurs et leur outil « do*doc » pour collecter des récits de la mobilisation des makers et fablabs. Ce récit en fait partie.

Pouvez-vous présenter votre démarche ?

La KazLab a été ouverte en 2016, ce qui en fait le premier fablab de Guyane. Nous étions à l’origine seulement deux co-fondateurs bénévoles et aujourd’hui nous sommes quatre salariés à plein temps pour 200 adhérents. « La KazLab » est donc partie d’une petite initiative associative qui a pris une envergure importante sur le territoire et qui, grâce à son impact local, bénéficie à présent de la reconnaissance des institutionnels.

La KazLab est un fablab particulier puisqu’elle se trouve en Amazonie tout en étant sur le territoire français. En Guyane, le système législatif ressemble beaucoup à celui d’une région française, ce qui peut être source de grandes difficultés, le territoire ayant des caractéristiques tout à fait différentes de celles d’une région métropolitaine.

Le fait pour le fablab d’être très situé à la frontière du Surinam crée par exemple des spécificités. La situation sociale par exemple : dans la petite ville de Saint-Laurent du Maroni, il y a officiellement 50 000 habitants et en réalité certainement le double, si l’on prend en compte tous les « informels », tous les quartiers de la ville étant classés en quartiers politique de la ville (quartiers prioritaires).

Ce contexte explique que nous ayons voulu dès le début être un lieu ouvert, accessible à tous, en évitant le piège de l’entre-soi « geeks et CSP+ ». Nous avons développé une multitude d’actions pour arriver à avoir un public métissé dans tous les sens du terme, et nos activités sont diversifiées : animation, organisme de formations pour tous les niveaux (de la délivrance d’une certification du MIT à l’accompagnement des jeunes déscolarisés) et accompagnement de projets (porteurs de projet individuels, collectivités, entreprises). Nous avons également été élus « Fabrique Numérique du Territoire » et souhaitons à présent répondre à certains besoins du territoire identifiés depuis le début en développant un espace de coworking et un fablab professionnel. Nous poursuivions cet objectif, notamment en étant à la recherche d’un local plus grand (500 m2 contre 120m2 aujourd’hui), mais toute cette démarche a été interrompue par la crise de la Covid.

Au début de cette crise, nous avons dû fermer le fablab mais au bout de deux semaines on s’est dits « qu’est-ce qu’on fait » puis on a craqué et on a décidé de fabriquer des visières. Nous avons démarré cette aventure parce que nous aimons être dans l’action, nous ne sommes pas des administrateurs dans l’âme.

Manifact au cœur de la crise © Manifact

Quel type de matériel avez-vous produit ?

Etant en contact avec de nombreux réseaux de fablabs dans le monde (en France, en Amérique Latine, etc.) dès le début de la crise, nous avons travaillé sur différentes pistes pour fabriquer du matériel avant que la Covid n’arrive en Guyane en bénéficiant des retours d’expérience d’autres régions du monde alors déjà touchées. Nous avons rapidement décidé de cibler notre énergie et notre travail sur la production de visières de protection. Pendant 12 jours, nous avons prototypé et testé nos modèles en réel, un délai très rapide. Ensuite, il a fallu résoudre le problème de l’approvisionnement car il n’y avait aucune matière première disponible en Guyane pour la fabrication de visières.

Le matériel produit l’a-t-il été par des bénévoles ou des employés ?

Au début, les visières n’étaient produites que par notre équipe de quatre salariés, puis nous avons rapidement fait appel à certains de nos adhérents pour accélérer la production. La partie usinage s’est alors organisée en « 2-6 » (deux cycles de production de 6h par jour) sur la même découpe laser. Pour la partie décontamination, nous avons fait appel à l’hôpital, dont l’infirmière hygiéniste nous a accompagnés et donnés des conseils pour organiser notre outil et notre chaîne de production. Elle nous a permis d’être aux normes et de respecter les gestes barrière lors de la production ainsi que la décontamination de chaque visière produite et distribuée.

Vos fournisseurs vont ont-ils fait payer la matière première ? Avez-vous donné ou vendu votre matériel ? Réussissez-vous à couvrir vos coûts ?

Le coût de la matière première des visières est de 1€ l’unité. Nous avons fait le choix de les vendre à hauteur du coût de la matière première, c’est-à-dire 1€ chaque visière. Nous avons donc décidé de ne pas impacter le coût de la main-d’œuvre, des salaires, etc. sur le prix de vente.

Cette crise a contribué à nous faire penser qu’il fallait enclencher la suite. Nous avons reçu énormément de demandes de visières qui étaient initialement plutôt du monde médical et des forces de l’ordre. A présent, beaucoup de demandes viennent des entreprises et des collectivités, et nous avons donc décidé de créer un relais pérenne pour la production de visières en Guyane. Nous avons donc réussi à passer le relais et à transférer tout notre process de production de visières a une entreprise de Cayenne qui a trois découpes laser. La production de visières va donc être transformée en une activité économique.

Des visières, de la fabrication la plus simple à la plus complexe, ont été proposées pour équiper le personnel du Centre Hospitalier de l’Ouest Guyanais © service communication du CHOG
Les policiers municipaux avec les boucliers faciaux © Ville de Saint-Laurent du Maroni

Avez-vous pris contact avec des entités locales (entreprises, commerces, hôpitaux, etc.) si vous l’avez-fait ?

Nous avons eu la chance d’être contactés par beaucoup de facilitateurs (des personnes individuelles, des personnes dans les commerces, des administrations, des collectivités) qui nous ont proposé leur aide. Par exemple, des gendarmes nous ont ramené 30 kilos d’élastiques en avion de la métropole.

Quel design et quelle matière avez-vous utilisés pour fabriquer les visières ?

Les visières ont été fabriquées avec des feuilles de plastification, elles sont lavables et réutilisables. Nous avons choisi la découpe laser parce que c’était la solution la plus rapide. Lorsque nous travaillions sur les prototypes les premiers jours (notamment les prototypes espagnols), nous regardions la solution d’impression 3D des visières. Le temps de production en 3D comparé au nombre de demandes que nous avons reçues suite à un reportage TV (des gendarmeries, de la police municipale, des pompiers de toute la Guyane), nous nous sommes vite rendus compte qu’il serait impossible de répondre à toute cette demande avec la technique en impression 3D. Nous avons donc choisi la méthode polonaise en découpe laser, bien plus rapide. Pour la matière première, nous avons eu l’idée d’utiliser des feuilles A3 de pochettes de plastification normalement utilisées en bureautique et de l’élastique.

L’objectif était de réaliser un travail professionnel, en accompagnant les visières de spécifications techniques et d’une notice de décontamination avec avis médical. L’AP-HP à Paris, qui était déjà fournie en visières par les fablabs, nous a également donné son retour d’expérience sur son utilisation de celles-ci.

Quelle a été l’ampleur de la production de visières ?

Lorsque nous avons trouvé une solution pour la matière première de substitution, nous avons fabriqué 6 000 visières en deux semaines et demi et, en tout, 7 080 visières de protection COVID-19 ont été fabriquées au fablab depuis le 6 avril.

Fabrication de visières à la découpe laser. © Manifact

Que vous a appris cette expérience ?

Cette expérience a été très enrichissante pour la KazLab. En matière de communication, les fablabs sont souvent vus comme des lieux où les gens s’amusent avec des machines. Cette expérience nous a permis de montrer que l’on est aussi capables d’être des producteurs et que ces lieux se professionnalisent et pourraient être une forme de réponse à la relocalisation de la production dans les prochaines années.

Les médias nous ont également apporté une visibilité, notamment par la chaîne de TV régionale qui, à cette occasion, est venue pour la première fois réaliser un reportage chez nous. Maintenant en Guyane, on associe « fablab » à fabrication d’objets utiles pour la population.

Cette nouvelle ouverture a également été valorisante pour l’équipe et pour nous : avoir un retour de la société civile dans son ensemble, au-delà de nos utilisateurs, nous a donné beaucoup de fierté et un vrai sentiment d’utilité, en-dehors de notre cercle habituel.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

La plus grande difficulté que nous ayons rencontrée était celle de la matière première. L’autre obstacle important, mais qui a fini par être surmonté, a été institutionnel. Dès le début de la crise, nous avons immédiatement à l’hôpital et aux médecins. Le système de santé en Guyane n’est pas aussi bien doté qu’en métropole et à l’hôpital ils n’avaient pas de masque du tout quand la crise a commencé. Le projet initial était donc de fabriquer des visières pour tous les médecins, c’est-à-dire 300. Nous sommes donc allés les voir et ils étaient d’accord mais cette démarche n’a pas été validée par l’Agence Régionale de Santé (l’ARS). Au bout de cinq jours, nous avons eu un retour motivé de l’ARS disant que notre projet était intéressant mais que nous ne devions pas destiner notre production de visières aux soignants. Nous avons donc réalisé des actions de lobbying pendant une douzaine de jours, notamment auprès d’un membre de la cellule de crise de la préfecture, à la suite desquels l’ARS régionale a déclaré « je ne vous empêcherai pas de les distribuer » en nous permettant ainsi de distribuer les visières aux trois hôpitaux de Guyane, via une élue qui avait rapidement soutenu notre démarche.

La logistique était également compliquée : je me suis transformé en logisticien avec cette crise et nous étions dans une situation qui ressemblait plus à de l’humanitaire. Habituellement, c’est déjà très compliqué d’importer du matériel au fabLab et la crise n’a fait que démultiplier les difficultés que nous rencontrons toute l’année.

La fabrique de visières en « 2-6 » © Manifact

Pourriez-vous me citer deux ou trois valeurs que vous portez et que vous souhaiteriez voir dans la société de demain ?

Concernant les valeurs qui nous portent et qui ont amené à la création du fablab, les voici :

• idée de « Do It Yourself » : le « faire » est une valeur très forte qui donne du sens et qui vient en contrepoint de l’évolution d’une société allant toujours plus vers le « non-faire », la consommation sans action. Une des fondations du fablab est donc de redonner à tous l’envie de faire.
• notion d’égalité d’accès à la technologie et à la science, notamment par la vulgarisation scientifique. Pour nous, il est crucial que tout le monde puisse avoir aux connaissances scientifiques, numériques, artisanales avec toujours l’idée de se servir de ces outils intellectuels pour fabriquer.
• idée du collectif, du « faire ensemble ». Notre territoire et les nouvelles générations ici sont à cheval entre le rural, le tribal et la modernité. Cela crée des problématiques que le fablab contribue à diminuer en faisant le pont entre le « faire soi-même » ancestral et la modernité.

Sur l’impact de ce que nos valeurs véhiculent et ont mis au jour pendant la crise de la Covid, je pense que cela ira bien au-delà des fablabs. On dirait que l’on commence à contaminer l’Etat, qui a notamment développé une plateforme pour mettre en lien les entreprises et les citoyens pour la distribution de visières, de masques. Si on a un rôle à jouer c’est bien celui-là et le fait que nos idées soient récupérées au niveau de l’Etat c’est une réussite parce que ça leur permettra d’être amplifiées, démocratisées et ça ne peut être que positif.

Le fablab KazLab et l’association Manifact à Saint-Laurent du Maroni.

Les récits de Solidaires pour Faire et de l’Atelier des chercheurs.

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François Robin

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Covid-Initiatives, une plateforme recommandée par le Réseau Français des Fablabs pour coordonner la mobilisation des makers

La plateforme Covid-Initiatives, soutenue par le Réseau Français des Fablabs, rassemble les initiatives de makers en France et au-delà qui proposent des équipements et solutions de fortune dans la lutte contre le Covid-19.

François Robin

Le Réseau Français des Fablabs appelle à la mobilisation générale des makers et des fablabs pour lancer la fabrication coordonnée et distribuée sur tous les territoires de métropole, des Dom-Tom et de l’Outremer. Leur conviction : produire au plus près des besoins réduit considérablement les risques de dissémination du virus et réduit les temps de livraison.

Pour répondre à cela, une équipe de bénévoles sort aujourd’hui Covid-Initiatives, un riche site rassemblant les initiatives de makers en France qui proposent des équipements et solutions de fortune dans la lutte contre le Covid-19.

Capture d’écran de la carte du site Covid-Initiatives.

Coordonner les initiatives des makers et fablabs

La force d’un réseau national c’est d’être une plateforme au carrefour des idées, savoir-faire, propositions, offres, besoins et désirs d’une communauté. C’est ce qui fait du Réseau Français des Fablabs l’interface nécessaire à une action coordonnée des makers en France.

En effet, depuis le début de la crise, de nombreux makers se mobilisent, se mettent en action collective via diverses plateformes d’échange et s’organisent en communs pour fournir des réponses en urgence. Partout l’entraide et l’auto-organisation démontrent leur capacité à fournir des solutions crédibles. Mais les initiatives fleurissent à une allure telle qu’il devient difficile de s’y retrouver et de s’orienter à travers le foisonnement d’informations.

« Plusieurs plateformes ont été ouvertes. Au Réseau Français des Fablabs nous communiquons sur le fait qu’il faut se fédérer. le RFFLabs peut jouer ce rôle car nous sommes en contact avec les autorités de santé nationales, nous recevons des demandes des hôpitaux et nous faisons retomber en régions. Certains makers et fablabs surproduisent par rapport à la demande, alors que d’autres n’ont pas assez de matériel pour répondre aux sollicitations. Nous essayons d’équilibrer cela », explique Simon Laurent, président du Réseau Français des Fablabs.

Par soucis d’efficacité le RFFLabs encourage donc de se faire référencer sur la plateforme Covid-Initiatives mis en ligne ce mardi 31 mars et développé par une équipe de bénévoles. La plateforme vise à recenser le maximum de projets émergents et à aider ceux qui font, ces citoyens qui contribuent, les « makers » – artisans, ingénieurs, bricoleurs, faiseurs de tous bords – qui agissent dans l’urgence. Elle recense aussi les initiatives de ceux qui permettent d’assurer la continuité pédagogique, de garantir l’approvisionnement alimentaire des personnes en difficulté, de venir en aide aux personnes seules, ou encore de ceux qui prototypent du matériel médical pour tenter de répondre aux urgences.

Par ailleurs, des rapprochements sont en cours entre le RFFLabs, JOGL, France Tiers-lieux, la communautés de makers rassemblée sur le Discord de Mr Bidouille, les communautés Facebook, des rassemblements locaux de makers et Covid-Initiatives pour se coordonner autour des besoins, ressources et initiatives.

Covid-Initiatives propose une cartographie interactive à partir de bases de données développées par d’autres acteurs : une plateforme d’auto-recensement des fabricants d’impression 3D ; un référencement des Fablabs et Makerspaces du territoire français réalisé par le RFFLabs. Cette carte donne à voir les acteurs de cette mobilisation du monde makers. Elle sera augmentée au jour le jour.

Chaîne de production de la visière « Folded Face Shield » fabriquée et montée en une minute chrono et développée à Volumes Coworking (coordinateur RFFLabs pour l’Ile-de-France) en Creative Commons. Elle est conçue pour la découpe laser afin de minimiser la matière et le temps. (ici le formulaire de besoins en matériel pour les établissements hospitaliers) :

Les besoins et priorités

Visières : le besoin auquel la communauté des makers semble être le plus à même de répondre efficacement est celui des visières de protection (voir la page spéciale). Utiles pour les soignants autant que pour tous les professionnels en contact avec des publics (commerce, forces de sécurité, ambulanciers, postiers…) elles sont faciles à produire et neutres en termes de risques sanitaires. Des solutions existent en impression 3D mais également en découpe laser. Coordonnée, la communauté des makers pourrait produire jusqu’à 100 000 visières en un temps record.

Pousse-seringues électriques : les hôpitaux font savoir qu’ils commencent à manquer de pousse-seringues électriques, et le RFFLabs appelle les makers à initier un challenge pour répondre à ce besoin via les canaux habituels, avec comme contrainte une utilisation minimale de l’impression 3D.

Respirateurs : nous savons aujourd’hui que les hôpitaux manquent de respirateurs, essentiels pour maintenir en vie les personnes les plus gravement touchées. Il existe aujourd’hui plusieurs prototypes à l’essai issus de la communauté. On citera les projets Minimal Universal Respirator et MakAir.life qui sont déjà très avancés. Si l’industrie est mobilisée aujourd’hui pour répondre aux besoins en France, ces appareils plus légers pourront également répondre à la demande dans des zones dans le monde plus démunies en équipements.

Le MUR Project conçoit un respirateur de fortune en partenariat avec Objectif Sciences International et le teste en ce moment avec l’hôpital de Créteil et La Salpêtrière. DR.

Bien évidemment, les besoins en masques (de préférence en tissus, voir le patron de référence), en blouses, gels et autres dispositifs sanitaires basiques sont toujours d’actualité.

Un besoin de coordonner pour tenir la durée

« Au-delà des visières de protection d’autres demandes vont tomber dans les semaines qui viennent, on risque d’avoir des problèmes pour avoir du plastique pour imprimer, il faut donc organiser la production. Localement des makers sont contactés par des EHPAD et des hôpitaux mais aujourd’hui le message est passé au niveau de la coordination générale des hôpitaux et nous recevons maintenant en direct des messages de services hospitaliers, qu’on redistribue aux fablabs en réseau, sur le principe de la fabrication distribuée, de manière à produire et distribuer dans de bonnes conditions », défend Simon Laurent.

Bémol ? « Cela fait 15 jours que nous demandons une régulation ministérielle là-dessus, mais pour le moment nous n’avons eu aucune réponse de Ministère, aucune réponse des Agences Régionales de Santé, sachant qu’il y a des inégalités suivant les territoires, dans certaines régions des ARS travaillent avec des fablabs, mais dans d’autres elles ne veulent pas en entendre parler. Nous sommes cependant en contact avec le pilotage des services ORL de toute la France et le message a été redistribué, explique Simon Laurent. Nous cherchons également à entrer en contact avec le réseau des EHPAD », ajoute-t-il.

Il importe pour les makers de France de se coordonner. Makery tient en ce sens à rappeler que les actions entreprises et solutions partageables ne seront pas seulement utiles pour la France mais aussi très vite pour d’autres communautés dans le monde où les équipements font peut-être encore plus cruellement défaut.

Makers, signalez-vous auprès de la plateforme Covid-Initiatives.

Etudier les impacts et les capacités d’adaptation face à la crise du Covid-19

Christian Clot et le Human Adaptation Institute appellent à participer à une étude mondiale sur la capacité d’adaptation du cerveau humain au confinement et à la crise du Covid-19.

François Robin

Le confinement, personne n’aurait imaginé un jour une telle expérience ! Pourtant sans préparation, les citoyens de tous les pays (ou en majeure partie) vont devoir s’adapter à une nouvelle organisation, autant physique que psychologique. Comment allons-nous tous agir ou réagir au fil du temps, maintenant que nous sommes tous cloîtrés entre quatre murs ? Anxiété, panique, créativité, lâcher-prise, meilleure concentration… Nous allons tous pouvoir découvrir qui nous sommes vraiment et quel est notre degré d’adaptation à la situation du Covid-19.

Faire grandir l’humain pour préserver notre planète, c’est la signature du Human Adaptation Institute, fondé par Christian Clot, l’explorateur aventurier des milieux extrêmes. Cet institut de recherches et d’actions étudie les capacités d’adaptation humaines comme l’évolution et l’adaptation de notre physiologie et de notre cerveau. L’un de leurs objectifs fondamentaux est de proposer des solutions concrètes pour se préparer, gérer les situations de transformation et ainsi mieux former les humains à vivre demain. L’ensemble des études du Human Adaptation Institute est exclusivement réalisé lors de situations réelles, vécues par des humains, afin de mieux comprendre les leviers cognitifs et sociaux des changements de paradigmes situationnels.

Participez à une #étude sur les conséquences #mentales et #sociales et notre capacité d'adaptation face à la crise du #COVIDー19 , c'est important et c'est ici. Tout le monde peut le faire, pour faire avancer nos #connaissances. @HumanAdaptation https://t.co/oeulbG3ydu

— Christian Clot (@ChristianClot) March 24, 2020

Une étude des impacts psychologiques et cognitifs

Dans le contexte actuel, le Human Adaptation Institute lance une nouvelle étude scientifique qui a pour objectif de comprendre les impacts sociaux en santé mentale – psychologique, psychiatrique et cognitif – de la gestion de la crise du Covid-19, ainsi que les adaptations à court et long terme qu’elle va générer. Selon Christian Clot, « A ce jour, aucune étude sur les confinements involontaires n’a été menée sur les impacts mentaux et sociaux au cours d’un évènement paroxysmique aussi conséquent que la crise due au Covid-19. Nous souhaiterions obtenir le plus grand nombre de réponses possibles, afin que cette étude nous apporte les meilleurs indicateurs sur l’état psychologique de la population pendant le déroulé de cette crise. »

[#Thread à dérouler]
« #Confinement » 3 sur 10 – « Changer de niveau » par @ChristianClot
Je distingue 5 types de confinement :
1. Volontaire avec durée déterminée. C’est par exemple le cas dans l’espace ou dans les bases antarctiques.
1/12 pic.twitter.com/jtjFoxhi1o

— ADAPTATION (@HumanAdaptation) March 25, 2020

Cette étude est une première dans ce type de situation. Elle va suivre le déroulement de la crise sanitaire au travers de l’évolution des conditions mentales d’un nombre conséquent de citoyens. Lancée à vaste échelle le 22 mars, elle va évaluer l’ensemble des couches sociétales en matière d’âges, de métiers ou de situations de vie durant la crise.

En cette période de confinement, la méthodologie est basée sur une série de questionnaires évolutifs, qui évaluent à la fois la condition mentale, les états motivationnels et les projections adaptatives. Les questionnaires seront hebdomadaires durant le confinement, puis bimensuels durant la période de sortie de crise, sur la base du volontariat, sans prélèvements de données personnelles. Ils seront adaptés au fil des besoins et des évolutions. Dans un second temps, de six mois et un an après la fin déclarée de la crise, des travaux sur la mémoire et la projection mentale seront menés, toujours par le biais de questionnaires, d’interviews et de tests cognitifs, afin de compléter la vision adaptative.

[#Thread à dérouler]
« #Confinement » 4 sur 10 – « La solidarité » par @ChristianClot

La solidarité. Sans elle, dans une situation comme la nôtre aujourd’hui, rien n’est possible à long terme. […]
1/7 pic.twitter.com/kYpCyCxLak

— ADAPTATION (@HumanAdaptation) March 26, 2020

Étudier les moments de charge mentale

Les objectifs de cette étude sont divers. Dans un premier temps, grâce aux analyses paramétriques hebdomadaires, Human Adaptation Institute souhaite identifier les impacts sociaux et traumas de stress immédiats face aux évolutions de l’évènement en cours. Ainsi, l’étude contribuera à prendre des décisions éclairées dans la gestion des risques sociaux, psychologiques, psychiatriques et cognitifs du confinement. Dans un second temps, elle décryptera les mécanismes d’adaptation qui vont être mis en œuvre, à titre individuel et collectif. La volonté de l’institut est ainsi de faire évoluer les outils en cas de survenance de nouvelles crises et d’adapter nos changements de paradigmes nécessaires pour amender leur survenance. « De cette situation unique et particulièrement stressante peuvent naitre des solutions innovantes pour le futur. Mais ces solutions ne seront applicables que lorsque que ce phénomène aura été analysé avec rigueur. » nous dit Christian Clot.

Christian Clot. DR.

Vous ne connaissez pas Christian Clot ?

Créateur et directeur de Human Adaptation Institute, Christian Clot est un explorateur-chercheur, spécialisé́ dans les conditions extrêmes de vie. Ses expéditions en auraient fait rêver plus d’un… Ou pas du tout ! Embarqué dans des expéditions dans les conditions les plus extrêmes, il a vécu plusieurs confinements involontaires comme une prise d’otage au Pérou ou encore, 13 jours dans une tempête en Cordillère de Darwin en 2004… Il a aussi vécu le théâtre de crises majeures lors de tsunamis. Les observations qu’il a mené́ in situ, l’ont conduit à créer le Human Adaptation Institute, il y a quatre maintenant, afin de le rendre utile à la société. Comme l’affirme Christian Clot, « C’est la capacité de l’humain à accepter, comprendre et modifier son comportement qui fera la différence. Une adaptation qui passe par des changements de paradigme dans nos fonctionnements actuels. »

Participez à l’étude du Human Adaptation Institute.

L’ Étude est menée en collaboration avec des chercheurs(es) des laboratoires et universités :  Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé, Santé Mentale, Société / CERMES3 ; Institut du Cerveau (ICM) ; LIP PC2S-Université Savoie Mont Blanc ; Université Paris 2 Panthéon-Assas (Largepa), CHU de Caen.

Le site du Human Adaptation Institute.

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Helen Leigh : « L’art ne devrait pas être réservé à ceux qui en ont les moyens »

Helen Leigh
Ewen Chardronnet

A l’automne 2019, Helen Leigh était l’artiste en résidence Feral Labs au Catch, le Centre d’Art, design et Technologie d’Elseneur au Danemark. Helen Leigh travaille dans le champ des technologies créatives, avec un intérêt particulier pour l’électronique DIY et l’éducation. Son approche est ludique et créative avec la volonté de démystifier la complexité des technologies et de l’électronique.

Par Signe Häggqvist et Dare Pejić,

Durant sa résidence Feral Labs au Catch, Helen Leigh a travaillé sur le développement d’un nouvel élément dans sa série de créatures sonores, un projet en collaboration avec l’artiste sonore Andrew Hockey. Par ailleurs sa résidence lui a permis d’enquêter sur différents modèles économiques qui lui permettraient de gagner sa vie par sa pratique artistique et technologique. Une possibilité considérée était de faire de ses créatures sonores des kits DIY commercialisables, ce qui pourrait lui permettre de recevoir un revenu tout en permettant à des personnes de construire et d »expérimenter leurs propres créature.

Helen Leigh.

Pouvez-vous nous dire comment vous êtes devenue hackeuse et makeuse ?

C’était un peu par accident, pour être honnête. Avant de devenir hackeuse et makeuse, je travaillais dans l’éducation. Moi et un groupe d’amis avons dirigé un cabinet de conseil pendant six ans qui militait pour l’apprentissage en dehors de la classe, pour l’enseignement de la pensée critique en classe, pour que les enfants apprennent à remettre en question les choses. Nous avons réalisé des projets pédagogiques de conception design et nous avons publié une série de livres qui ont eu pas mal de succès pour leur manière d’approcher l’éducation. Ils étaient très basés sur l’aspect ludique, très manuels, de manière à stimuler la curiosité. Un jour, quelqu’un d’Intel a lu l’un de nos livres et a aimé notre approche. Ils travaillaient sur un grand projet sur l’Internet des objets pour les écoles. Ils nous ont donc demandé si nous pouvions être intéressés à y participer.

Je suis allé à ce truc Intel et ce projet était hébergé dans un fablab, à l’intérieur d’un makerspace de Londres. Je suis entré et je me suis dit « OH, MON DIEU. Quel est cet endroit ? » Depuis ce jour, je travaille principalement dans des makerspaces. J’ai vite compris que ce genre d’espace me conviendrait totalement. J’ai vite compris que cela répondait à toutes mes attentes : apprendre en faisant à travers le ludique, la stimulation de la curiosité, l’itération et l’apprentissage pratique. Immédiatement, je me suis senti chez moi.

Les makerspaces sont des espaces éducatifs radicaux : par leur structure informelle et comme espaces décentralisés d’apprentissage entre pairs. Mon éducation est quelque chose dont je suis particulièrement reconnaissante auprès de la communauté des makers. Je n’avais aucune formation technique, mais maintenant je fais de l’électronique et j’ai une carrière technique. A travers ce réseau d’apprentissage informel j’ai pu au fil des années augmenter mes connaissances techniques.

Depuis lors, j’ai beaucoup travaillé. J’ai commencé par une formation de maker parce que je connaissais déjà beaucoup de choses sur l’éducation et la théorie de l’éducation et que je voulais joindre cela à mon nouvel intérêt. Une grande partie de mon travail est orienté pour les enfants, mais c’est principalement une fonction pour gagner ma vie. Il y a beaucoup d’attention portée aux enfants, comme il se doit. Mais l’apprentissage des adultes est quelque peu négligé et je pense que les makerspaces sont des endroits incroyablement puissants pour cela. Ils créent ces systèmes où les adultes, peu importe leur âge et leur milieu, peuvent aller apprendre de nouvelles compétences passionnantes avec lesquelles ils peuvent être créatifs et bricoler.

Quel est le meilleur âge pour devenir hacker?

Il n’y a pas de limitation. Vous pouvez devenir hacker à 80 ou à 8 ans. Le hacking n’est qu’un moyen d’interagir avec le monde. C’est la capacité de bricoler, la capacité de penser « Oh, je peux arranger ça ! » ou « Je pourrais faire faire quelque chose de différent. » Je pense qu’il n’y a pas d’âge idéal pour ça.

Vous participez au programme de résidence de Catch en ce moment. Pouvez-vous nous dire ce que vous y faites ?

Sur le plan thématique, chez Catch en ce moment, ils étudient l’art et les technologies sonores et c’est effectivement l’un des domaines de pratique sur lesquels je me concentre actuellement. Je fais beaucoup d’expérimentation avec des objets électroniques qui sont en quelque sorte musicaux. Je suis donc ici pour explorer un peu plus cette partie de ma pratique.

Les artistes doivent souvent combiner différentes sources de revenus telles que l’enseignement, les commissions, les ventes à des clients privés, des emplois à temps partiel à faible revenu, etc., pour joindre les deux bouts. Chez Catch, nous essayons d’identifier si certains éléments des modèles commerciaux classiques sont applicables, de manière à faire en sorte que la pratique artistique devienne une source fiable de revenus. Il est important de parler de ces choses si nous voulons apporter des changements. Alors peut-être pourrions-nous parler un peu de développement de carrière et d’argent – comment gagnez-vous votre vie aujourd’hui ?

Comme la plupart des gens que je connais dans la communauté artistique, l’argent pour payer mon loyer provient de nombreuses sources différentes. Je dirais que mes deux principales sources de revenus sont l’organisation d’ateliers ou de cours intensifs et l’écriture ou le tournage de guides pédagogiques axés sur la technologie. Je mène également un ou deux projets artistiques rémunérés par an, comme la résidence que je viens de terminer chez Catch. Je reçois également des droits d’auteur pour mon livre pour enfants, The Crafty Kid’s Guide to DIY Electronics. Avec cela je paye mon loyer et mes factures.

Je peux également me permettre une vie plus exaltante en postulant à des conférences ou à des ateliers lors d’événements qui couvriront les voyages et l’hébergement. Cela me permet de croire que je peux me permettre des vacances, même si je dois travailler pendant que je suis en voyage !

Crafty Kid’s Guide to DIY Electronics. DR.

Comment vous voyez vous gagner votre vie dans 2-3 ans – en combinant vos antécédents artistiques et technologiques ?

En ce qui concerne les choses que je veux faire, j’aimerais faire des installations pour les lieux publics et des sculptures à plus petite échelle en tant que commandes pour des musiciens qui voudraient jouer avec. L’éducation est une passion pour moi et j’aimerais concevoir des cours qui enseignent la technologie dans le contexte de la créativité et vice versa. 

Comment pensez-vous que vous y arriverez et quels pourraient être les obstacles ? 

Pendant ma résidence à Catch Art Tech, j’ai parlé avec de nombreux commissaires et artistes. Nous avons examiné mon travail existant et parlé de mes ambitions de faire du travail en espace public, puis exploré certaines des façons dont je peux commencer à adapter mes pratiques pour mieux répondre aux réalités des espaces publics. Je pense que la meilleure façon d’y arriver est de faire quelque chose, de l’essayer, puis de l’adapter. L’itération n’est pas seulement pour le design produit ! 

En ce qui concerne les sculptures à plus petite échelle, j’ai échangé avec quelques musiciens connus qui m’aideront à façonner quelque chose, puis à l’utiliser dans leur propre travail. Diffuser quelque chose dans le monde est nouveau pour moi mais, encore une fois, je ne vais apprendre qu’en le faisant, puis en m’améliorant. 

J’ai déjà commencé à concevoir des cours. Cette année, j’ai écrit et livré mon premier module de Master sur la musique et le hacking, et l’année dernière, j’ai conçu un cours pour la Cour royale d’Oman sur le hardware, le code et le design.

En plus de développer mes propres compétences et connaissances, je dois continuer à développer mon portfolio et mon image de personne capable de concevoir et de réaliser des projets qui s’inscrivent dans chacun de ces volets entrelacés. Les gens ne peuvent pas vous embaucher s’ils ne savent pas que vous existez, peu importe à quel point vous êtes bonne !

Tutoriel MINI.MU : comment réaliser son gant musical (en anglais) :

Pourquoi est-il important de partager les possibilités et les réflexions sur la façon de gagner sa vie en tant qu’artiste ?

Gagner sa vie en tant qu’artiste est précaire. Cela n’est pas aidé par notre propre incapacité à parler d’argent ou par notre réticence à valoriser notre temps correctement. L’idée romantique d’un artiste pauvre qui crée peu importe le contexte est dangereux, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour l’égalité des chances. L’art ne devrait pas être réservé à ceux qui en ont les moyens et peuvent se le permettre. À mon avis, c’est en fait une pratique féministe de dire combien nous sommes payées et par qui, à la fois dans le monde de l’art et de la technologie.

Nous devons exiger des opportunités de financement transparentes qui garantissent que les opportunités artistiques telles que les résidences sont suffisamment bien payées pour vivre une vie décente, suffisamment pour le loyer, l’assurance maladie, le transport, les matériaux et les coûts normaux d’un être humain adulte qui n’est plus étudiant.

Le Crafty Kid’s Guide to DIY Electronics, par Helen Leigh.

Le site de Catch.

Le programme de résidence de Catch fait partie du Feral Labs Network, un réseau cofinancé par le programme Europe Créative de l’Union Européenne. La coopération est menée par Projekt Atol à Ljubljana (Slovénie) et les autres partenaires #ferallabs sont la Bioart Society (Helsinki, Finlande), Catch (Helsingor, Danemark), Radiona (Zagreb, Croatie), Schmiede (Hallein, Autriche) et Art2M/Makery (France).

Terre en vue! Traverser l’Atlantique comme Greta

MALIZIA II - Boris Herrmann and Pierre Casiraghi to sail Greta Thunberg across the Atlantic. #UniteBehindTheScience

Alors que Greta Thunberg attire des armées de trolls pour avoir traversé l’Atlantique sur un voilier IMOCA dans le but de se rendre au UN Climate Action Summit 2019 à New York, Makery a exploré les options pour le «Faire comme Greta».

Ewen Chardronnet

Au moment où j’écris ces lignes, l’activiste et militante climatique Greta Thunberg arrive à New York à bord du voilier de régate équipé solaire Malizia 2 (l’ancien Gitana 16, un bateau classe IMOCA du Vendée Globe Challenge sur lequel Sébastien Josse avait gagné la transat 2015 Saint-Barth-Port-la-Forêt), cela après que le navigateur Boris Hermann ait répondu à son tweet dans lequel elle demandait à ses abonnés comment elle pouvait traverser l’Atlantique pour assister à la COP24 au Chili et d’autres rendez-vous dans les Amériques sans passer par un vol en avion. Le Malizia 2 a effectué la traversée de l’Atlantique sans encombres et à belle vitesse dans un voyage zéro-carbone, avec le slogan « Unite Behind The Science » dans la voile. Selon son fil twitter, le voilier est « l’un des rares bateaux au monde qui permet des voyages de ce type sans émission de carbone. Le Malizia 2 abrite également un lab qui mesure le CO2 de surface et la température de l’eau en coopération avec le Max Planck institute. »

Welcome to New York, @gretathunberg!

The determination and perseverance shown during your journey should embolden all of us taking part in next month's #ClimateAction Summit.

We must deliver on the demands of people around the world and address the global climate crisis. pic.twitter.com/dGUZr9fFQM

— António Guterres (@antonioguterres) August 28, 2019

Manhattan! pic.twitter.com/8SxPYk2WRk

— Greta Thunberg (@GretaThunberg) August 28, 2019

Selon le site de Hermann :

« Le Malizia est équipé d’un système solaire dernier cri de 1,3kW ainsi que de deux générateurs hydrauliques, qui sont installés de manière permanente à la poupe du bateau… Avec ces deux systèmes indépendants, nous générons plus d’électricité que ce dont nous avons besoin à bord. Les deux sources énergétiques nous permettent de faire fonctionner les systèmes électroniques et électriques du bord – les instruments de navigations, les pilotes automatiques, les déssalinisateurs et notre lab océanique SubCtech. »

Day 12. We are getting closer to the North American mainland. Rough conditions, but downwind sailing. pic.twitter.com/n9huwHUSGI

— Greta Thunberg (@GretaThunberg) August 25, 2019

Depuis un moment déjà Greta Thunberg attire sur elle du trolling de masse, dont il se dit qu’il est financé par des entreprises du secteur pétrolier ou de pays comme la Russie, qui veulent augmenter, et non faire décroître, l’exploitation pétrolière, mais on a touché le fond quand le démagogue d’extrême-droite et financeur de l’ombre de la campagne du Brexit Arron Banks a tweeté à propos de l’adolescente : « Des accidents scabreux de voilier peuvent survenir en août… » Heureusement ce n’est pas ce qu’il s’est passé et Thunberg et son père sont arrivés sain et sauf à bon port.

Freak yachting accidents do happen in August … https://t.co/6CPePHYLtu

— Arron Banks (@Arron_banks) August 14, 2019

Un tour en vélo épique

Mais comment le reste d’entre nous peut s’unir derrière Greta Thunberg, dans les actes plutôt que dans les mots, et l’idée de traverser l’Atlantique en émettant moins, voire pas du tout ? Ce n’est pas tout le monde qui peut embarquer à bord d’un voilier de course (encore moins sans avoir le mal de mer). La route conventionnelle est celle des bateaux de commerce et l’activiste Kate Rawles de Outdoor Philosophy vient de l’emprunter, avec son vélo en bambou, effectuant ensuite un voyage épique jusqu’au « bout du monde », le Cap Horn – quelque chose qu’elle nomme « the life-cycle » sur son blog. Elle a voyagé jusqu’au Etats-Unis sur un navire de commerce avec The Cruise People, qui affirme sur son site internet que « voler produit 36 fois plus de dioxyde de carbone par kilomètre-passager que voyager par la mer ».

Embarquement du vélo de Kate Rawles © Kate Rawles

Rawles dans le « Tough Girl Podcast » explique : « C’est pas loin d’un broker aérien – c’est un peu rude et les horaires ne sont pas fiables. Il n’y a pas d’Internet et il est préférable d’avoir quelque chose sur lequel travailler – il n’y a rien d’autre à faire hormis regarder les baleines et les poissons volants. Cela nous a pris 13 jours à l’aller et un mois au retour. » Je lui ai demandé à quel point cela était efficace en terme de changement de système et comment voyager en bateau de commerce pouvait remettre en cause le monopole de l’aviation, dans la mesure où cela émet toujours du carbone et que cela peut passer pour quelque chose de luxueux que peu de monde peut se permettre ? « C’est un moyen efficace pour le passager de réduire ses émissions personnelles pour un voyage qu’il effectuerait en avion autrement. Mike Berners-Lee, l’auteur expert en empreinte carbone m’a dit que mon retour transatlantique pour le voyage The Life Cycle aurait eu une empreinte carbone de 2 tonnes si j’avais voyagé en avion, en classe économique ; mais a eu une empreinte d’à peu près 50kg compte tenu du fait que j’ai voyagé sur un navire de commerce. Cependant, l’industrie du transport maritime dans son ensemble a une empreinte plus importante que l’aviation (car elle implique un volume considérable) et coûte substantiellement, environ 100 euros par jour. »

Kate Rawles a construit son vélo en bambou elle-même. © Kate Rawles
A vélo dans la Cordillère Blanche au Pérou. © Kate Rawles

« Donc non, ce n’est sans doute pas central pour le changement systémique dont nous avons besoin. Nous devons bien préciser qu’il s’agit d’un choix et d’une responsabilité personnels. Les actions individuelles sont bien sûr importantes, mais pour une transformation complète du système, seuls les gouvernements et leurs associés peuvent permettre les changements que les individus ne peuvent porter. Dans le cas des transports, par exemple, nos systèmes doivent devenir à moindre impact et cela doit se faire plus facilement, plus agréablement et à moindre coût. Pour moi ce fut un voyage que l’on fait une fois dans sa vie et dans un objectif précis que je ne renouvèlerai pas. Une vision plus large nous enseigne qu’il ne suffit pas de trouver des substituts aux vols au long cours, mais tout simplement qu’il nous faut voyager beaucoup moins. »

Il existe aujourd’hui plusieurs compagnies qui proposent d’embarquer sur des navires de commerce. J’en ai contacté plusieurs récemment étant donné que je prévois d’aller au ISEA 2020 (International Symposium of Electronic Arts) à Montréal et que je ne vois pas d’autre manière d’y arriver depuis la France. Un bon guide est le site Beyondships.

Pas de ferries pour New York

Mais pourquoi n’existe-t-il pas de ferries pour New York ? j’ai récemment effectué un voyage pour la Finlande sur le Viking Grace qui fait la rotation entre Stockholm et Turku, et l’idée m’est venue à l’esprit que cela ne serait sans doute pas si compliqué pour les navires de traverser l’Atlantique. J’ai contacté Viking Line, qui est installée en Suède et en Finlande et qui est à la peine pour tenter de réduire ses émissions de carbone dans ses voyages réguliers entre Stockholm et Helsinki. Vous pouvez consulter leur « sustainability report » ici. Un porte-parole a répondu à Makery : « Nos navires ne sont malheureusement pas capables de traverser l’Océan Atlantique. Ils sont construits pour naviguer sur des traversées courtes et les cabines sont petites pour de longs voyages. »

J’ai voulu en savoir plus et contacté leur Project Manager, Kari Greenberg, pour savoir quels étaient les autres facteurs qui empêchent ces bateaux de traverser l’Atlantique. Il m’a répondu : « Le Viking Grace ne peut contenir qu’une quantité limitée de carburant à bord, ce qui l’empêche de réaliser des traversées de l’Atlantique. Il faudrait pouvoir faire le plein plusieurs fois. Par exemple, il y a 3864 milles nautiques entre le port de Goteborg et le port de New York, alors que la distance entre le port de Turku et celui de Stockholm n’est que de 175 milles nautiques. Le Viking Grace n’est pas équipé pour la production d’eau fraiche, toute l’eau potable est stockée à Turku ou à Stockholm. Le Viking Grace n’a pas de station d’épuration des eaux usées à bord, elles sont pompées vers les usines municipales de Stockholm et Turku, rien n’est rejeté à la mer. C’est la politique de Viking Line. Le Viking Grace ne possède pas d’incinérateur pour brûler les déchets, nous les transportons en 11 sections différentes vers des usines de recyclage à terre. Pour conclure, le Viking Grace n’est en rien conçu pour les voyages internationaux. »

Des navires transatlantiques comme le Queen Elizabeth 2, le MS Hamburg, le SS United States et le Vistafijord ont achevé leurs services entre 1969 et 1972 quand ils ont cessé d’être des moyens de transport viables pour travers l’Atlantique et ont été réarmés comme bateaux de croisière ou mis à la casse. Cependant la Cunard Line semble avoir senti le nouveau marché avec le Queen Mary 2, proposant des traversées de style croisière d’une semaine à des prix non négligeables (environ 3000 euros l’aller-retour) et équivalents à ceux des navires de commerce.

Le transport à la voile du commerce équitable

Mais comment stopper complètement les émissions carbonées ? Makery a documenté un certains nombre de projets récents qui transportent à la voile et à travers le monde des biens issus du commerce équitable, parmi lesquels la Times Up Boating Association ou Feral trade. Le grand voilier de commerce sans moteur Tres Hombres sert à de nombreuses organisations émergentes comme New Dawn Traders pour transporter des cargaisons du commerce équitable, et ces derniers transforment les bateaux à voile en des cirques ambulants qui ne transportent pas que des biens commerciaux.

Le “Tres Hombres” ramène du rhum et du chocolat depuis les Caraïbes. © Tres Hombres
A bord du Tres Hombres © Tres Hombres

Alexandra Geldenhuys: « Un voilier relie physiquement et métaphoriquement les communautés et les cultures lointaines. Le Slow Food Sailing Circus transporte non seulement des cargaisons, mais aussi des marins qui sont aussi des artistes, des enseignants, des artisans, des makers, des musiciens, des scientifiques et des chefs cuisiniers. À l’heure actuelle, 90% de ce que nous achetons nous parviennent par porte-conteneurs, qui utilisent souvent le pire type de carburant polluant, et beaucoup traitent leurs équipages de manière effroyable. La grande question qui se pose est de savoir quelle quantité de ce que nous achetons nous est réellement nécessaire. Les cargaisons que New Dawn Traders choisit d’expédier ont de la valeur principalement parce qu’il s’agit de produits difficiles à cultiver localement, telle l’huile d’olive, ou d’importance culturelle, tels que des produits uniques qui méritent d’être savourés : café, chocolat et rhum. Nous pensons que la qualité, en particulier des aliments, est intrinsèquement liée à la production éthique et que, par conséquent, notre nature épicurienne ne doit pas avoir un coût pour l’environnement. »

Alexandra Geldenhuys. DR.
Project « Hogshead 733 », Maxime Berthou, Mark Požlep. DR.

Retour à l’âge de la vapeur

Enfin, le duo d’artistes Maxime Berthou et Mark Požlep, qui avait auparavant mené le projet pionnier « Hogshead 733 » de transporter à la voile du whisky de l’île d’Islay jusqu’en France sur un bateau traditionnel breton, revient cet automne à l’âge de la vapeur avec « Southwind ». Leur projet a démarré par la restauration d’une bateau traditionnel à vapeur pour couvrir les 1712 milles nautiques du fleuve Mississippi depuis sa source au Minnesota jusqu’à son embouchure en Louisiane. Le voyage durera 50 jours et le but est de remplir entièrement le bateau de maïs cultivé par différents fermiers des 10 états traversés sur le cours du fleuve. A son arrivée à la Nouvelle Orléans le bateau à vapeur sera transformé en distillerie customisée qui produira du Moonshine, le célèbre alcool de la prohibition, à partir du maïs collecté.

Lancement du bateau Southwind :

Peace Boat Ecoship

À l’horizon pointent de nouvelles initiatives pour développer les voyages long-courriers telles que le Peace Boat Ecoship, dévoilé lors de la COP21 à Paris. Ce paquebot sera le navire de croisière le plus vert jamais construit et sera alimenté par solaire et éolien hybride. Le navire disposera de 10 voiles à panneaux solaires rétractables et d’éoliennes rétractables, ainsi que d’un moteur hybride dernière génération. L’Ecoship, construit en Finlande, devrait prendre la mer en 2020 et sa coque sera inspirée par la forme de la baleine.

Vue d’artiste du Peace Boat Ecoship. DR.

Yoshioka Tatusya, le fondateur et directeur de Peace Boat (exploité par une ONG basée au Japon), a déclaré que son bateau était « le navire de croisière le plus novateur et le plus écologique à ce jour. Nous pensons que ce navire changera la donne pour l’industrie du transport maritime et contribuera à la protection de l’environnement. Ce sera un fleuron pour le changement climatique. Nous sommes très heureux de travailler avec un chantier naval finlandais et sommes impatients d’explorer des technologies propres et durables avec des partenaires de cette région, réputée pour leur leadership environnemental ». Bientôt nous pourrons tous suivre les traces de Greta.

Suivez Greta Thunberg sur Twitter.

UN Climate Action Summit à New York, 21-23 septembre 2019.

En savoir plus sur le transport de commerce équitable à la voile.

Suivez live le projet Southwind de Maxime Berthou et Mark Požlep à Paris au Studio 13/16, Centre Pompidou, du 21 septembre au 3 novembre 2019.

Alexandra Geldenhuys est invitée par Rob La Frenais à intervenir à Art After The Collapse en novembre.

Artisan’s Asylum, le berceau des robots géants à Boston

legende de tete bis. © DR

C’est au makerspace Artisan’s Asylum, l’un des plus grands ateliers partagés des Etats-Unis, qu’est né MegaBots, dont le mégarobot EaglePrime combat ce mardi son rival japonais Kuratas. Visite.

Annick Rivoire

Somerville, envoyé spécial

A 4h du matin, ce mardi, ils seront nombreux à regarder le combat d’EaglePrime contre Kuratas sur Twitch. Ces deux robots géants se sont affrontés dans une aciérie désaffectée cet été au Japon, l’un conçu par la start-up américaine MegaBots, l’autre par le Japonais Suidobashi Heavy Industry. Si MegaBots est depuis 2014 installée en Californie, l’aventure mécatronique ludique a commencé à Somerville, dans la banlieue de Boston, chez Artisan’s Asylum. A un mile à peine au nord-est de l’université de Harvard, ce makerspace géant est installé dans un ancien entrepôt industriel sans fenêtre, le long d’une voie ferrée, avec pour voisins l’espace communautaire des amateurs d’escalade Brooklyn Boulders Somerville et la brasserie Aeronaut Brewing Company.

Le robot EaglePrime de MegaBots (en anglais):

Un makerspace pour roboticiens et artisans

En 2010, Gui Cavalcanti, ingénieur robotique amateur de science-fiction et des jeux BattleTech et MechWarrior, travaille chez Boston Dynamics sur les robots LS3, Petman et BigDog. Il rêve d’un espace et d’outils pour développer des robots fantasmatiques. Avec son amie costumière Jenn Martinez, qui cherche à partager des machines textiles, ils cofondent alors Artisan’s Asylum (l’asile de l’artisan) à Somerville, afin de fédérer les makers et artisans chevronnés de la région.

Derek Seabury, actuel directeur exécutif, nous fait visiter cet espace de 3.700m2 initialement dédié à la robotique, mais qui s’est rapidement transformé en lieu de mise en commun de machines et savoir-faire.

Derek Seabury, le directeur exécutif d’Artisan’s Asylum à Somerville. © Ewen Chardronnet
Six stations de joaillerie sont à disposition des créateurs. © Artisan’s Asylum
L’arène des minirobots de combat MASSdestruction. © Artisan’s Asylum

«Tout se fait sur la confiance»

Sept ans plus tard, et après plusieurs agrandissements, le makerspace accueille douze « shops » : électronique, joaillerie, cycles, découpe bois, laser, métal, CNC, peinture, textile, travaux métalliques de précision et deux ateliers multi-usages. Il compte 400 adhérents et chaque membre peut y venir à n’importe quel moment du jour ou de la nuit. « Ils sont ici chez eux », dit Derek.

Ce makerspace associatif propose des cours, de l’apprentissage, des microstudios personnels, de l’espace de stockage et de l’accompagnement de projets de fabrication. « Il n’y a pas de règles réellement édictées, tout se fait sur la confiance, explique Derek. Nous voulons que les personnes soient à l’écoute, qu’ils entendent le “hey, tu ne devrais pas faire comme ça, tu pourrais te blesser” ou “pourquoi tu ne ferais pas plutôt comme ça”. »

Il y a même un vélodrome dans les locaux d’Artisan’s Asylum… © Artisan’s Asylum
Artisan’s Asylum a développé la Asylasaur, sa propre version de la découpe laser Lasersaur. © Ewen Chardronnet
Maker’s Mondays au shop électronique. © Artisan’s Asylum

Lutter contre la gentrification

Les équipements et consommables sont souvent mutualisés. « L’idée était que chacun ramène ici le matériel qu’il ne veut pas jeter depuis des lustres, explique Derek. On se dit toujours que ça servira un jour, et on garde des trucs parfois des années sans s’en servir… » Dans l’atelier électronique, on trouve en effet tout ce qu’on veut. « Avec les frais de port, ça coûte quasiment la même chose d’acheter cent exemplaires que les vingt dont on va avoir besoin. Ici, on partage le surplus. Il suffit de fixer la ligne entre déchets électroniques et dons. » Derek affirme qu’Artisan’s Asylum est à l’opposé de l’esprit des fablabs dont la maison-mère se trouve non loin de là, au Center for Bits and Atoms du MIT à Cambridge : « Notre objectif n’est pas d’avoir la dernière machine hors de prix, mais plutôt de lutter contre la gentrification en offrant des cours, des formations et un lieu de travail mutualisé aux gens du quartier. »

Dès sa création, Artisan’s Asylum a ainsi accueilli une variété de fans de robots, de vieilles machines et d’adeptes de savoir-faire artistiques et artisanaux, de développeurs d’imprimantes 3D et autres CNC (comme l’équipe de Black Cat Labs), des bricoleurs « skunkadelics » (des skunks works de l’aéronautique) qui ont conçu de folles créations pour des événements comme le Hungry Tiger Festival de Somerville, les festivités du 4 Juillet, Burning Man ou encore des éditions répétées de la Maker Faire.

Les robots de récup Skunkadelia sont en vente chez Artisan’s Asylum. © Ewen Chardronnet
Canards géants pour naviguer sur la rivière Charles lors des festivités du 4 Juillet 2011. © Artisan’s Asylum
Têtes de clown en feu pour le festival Burning Man. © Artisan’s Asylum

De Artisan’s Asylum à MegaBots

En 2012, l’équipe de roboticiens d’Artisan’s Asylum lève 98.000$ sur Kickstarter pour développer Stompy, un robot hexapode géant (à six pattes) pouvant accueillir deux personnes. Ce qui permet notamment au makerspace de s’équiper d’une CNC industrielle Multicam, d’une ShopBot, d’une découpe jet d’eau et d’une découpe plasma, autrement dit du matériel nécessaire pour découper les éléments des jambes des robots et du châssis. L’aventure des robots mécatroniques géants est lancée.

En 2014, Gui Cavalcanti crée avec Matt Oehrlein l’entreprise MegaBots. Les deux hommes rêvent de lancer une ligue sportive internationale de combats de robots géants pilotés par des humains et parviennent l’année suivante à réaliser une levée de fonds de 2,4 millions de dollars ! Artisan’s Asylum devient trop petit pour MegaBots… et l’entreprise déménage en Californie.

En 2014, MegaBots quitte les locaux d’Artisan’s Asylum. © MegaBots

En 2016, MegaBots lance un défi à son rival japonais Suidobashi : un affrontement, sur le terrain de leur choix, entre EaglePrime, leur robot géant de 4,9m et 12t, et Kuratas, un poids plume de 4m pour 6,5t. « Construire quelque chose de gros et y coller des armes, c’est tellement américain, répond Kogoro Kurata, le fondateur de Suidobashi. Mais les robots géants font partie de la culture japonaise, on ne peut pas laisser un autre pays gagner ! » Les deux entreprises se donnent un an avant le grand combat. MegaBots réunit entretemps 500.000$ sur Kickstarter pour mettre à jour son robot. Le spectacle peut commencer…

Le défi lancé par MegaBots à Suidobashi (en anglais):

Les sites de Artisan’s Asylum et MegaBots

Voir le combat sur Twitch et, d’ici une semaine, sur la chaîne YouTube de MegaBots