Makery

Le fil d’Ecosse de Make Works, site de rencontre des industries et des makers

L'équipe de Make Works (au centre Fi Scott,) devant le van du Make Works Tour. © Rob Howard/Make Works

Depuis un an, comme le fait Airbnb avec les appartements, Fi Scott recense artisans et industriels d’Écosse sur la plateforme Make Works pour copiner avec des makers. Et faire naître quelques projets.

(Glasgow, envoyée spéciale) 

Produire local, c’est bien, mais encore faut-il savoir à qui s’adresser. En 2011, de retour de New York où elle travaillait dans un atelier de menuiserie de Brooklyn, Fi Scott, alors étudiante en design de produits à l’école d’art de Glasgow, se met à la recherche de fournisseurs et partenaires pour poursuivre ses projets. Et se rend rapidement à l’évidence : si les industries existent encore à Glasgow, elles sont bien cachées. Fi décide alors de monter sa propre compagnie, une sorte de bibliothèque en ligne pour mettre en contact les makers et les artisans. Ce sera Make Works

Fi Scott devant son site en construction. © Make Works

De l’idée au projet, il n’y a qu’un pas : les fonds. La jeune entrepreneuse passe six mois à essuyer les refus. « Je venais juste d’avoir mon diplôme, les gens ne comprenaient pas vraiment de quoi on parlait. Et puis on n’avait pas encore commencé à construire le site, on en était encore à l’état de projet. J’imagine que les gens ne croyaient pas vraiment que ces industries existaient toujours. »

5000 km et 140 000 euros de subventions

Qu’à cela ne tienne, Fi leur prouvera que l’industrie écossaise n’est pas morte. En 2014, elle emprunte un van VW à un ami – couleur tartan – et part en tournée en Écosse à la rencontre des industriels et artisans locaux. Elle emmène avec elle un photographe et une caméraman et donne rendez-vous sur la route à quelques artistes pour une résidence itinérante. 90 jours et près de 5000 km plus tard, Creative Scotland, l’agence nationale des arts et des industries créatives, donne sa bénédiction au projet. Jackpot ! Fi et son équipe reçoivent 100 000 livres (environ 140 000 euros) pour monter la plateforme.

Le Make Works Tour, présentation (2014):

Aujourd’hui, Make Works recense environ 140 industries, « des personnes travaillant en solo aux usines de grande échelle, précise Fi. L’idée est de trouver une manière pratique de faire des choses. Il y a donc des ateliers et des studios ouverts, des endroits où tu peux fabriquer toi-même les choses, ou alors tu peux juste envoyer un projet et les faire fabriquer par quelqu’un. » On trouvera donc, au fil des clics, des maçons travaillant la pierre, des artistes céramistes, des studios d’imprimeries, des fablabs, des tisseurs, et plus encore.

L’industrie locale est donc encore toujours bien vivace et l’intérêt qu’elle suscite aussi : chaque semaine, 8000 visiteurs se pressent sur Make Works. « Il y a une grande variété de personnes qui viennent sur notre site. On a des designers ou des artistes qui travaillent sur un projet précis, des petites entreprises ou des plus grandes marques de vêtements qui cherchent une nouvelle ligne de produits ou même des restaurants qui veulent des enseignes produites localement. Des gens qui cherchent l’inspiration ou veulent savoir comment réaliser leur projet. » Les utilisateurs ont eux aussi droit à leur galerie.

Un porte-savon en savon de l’artiste Scott Myles, réalisé grâce à Make Works. © Make Works

Et maintenant, quel modèle éco ?

Désormais sur les rails, l’équipe travaille à pérenniser le projet. Le site est pour l’instant gratuit pour les artisans listés comme pour les utilisateurs. L’enjeu est désormais de trouver un business plan qui ne repose pas sur les subventions. Parmi les pistes envisagées : développer une ligne de produits Make Works. « Il y a pas mal de sources de revenu qu’on pourrait exploiter parce qu’on est sur une plateforme de marché. J’ai vraiment envie que l’on reste gratuit, donc on va essayer pas mal de choses cette année et voir ce qui reste. »

En parallèle, Fi Scott étoffe un site déjà bien fourni qu’elle envisage d’exporter à l’étranger. Avec plus d’industries bien sûr (plus de 200 sites sont sur liste d’attente), mais aussi avec un glossaire et des conseils pour nouer des relations avec des artisans. « Beaucoup de leur vocabulaire a été perdu au fil des années et on essaie de le restituer, explique Fi. D’un côté, tu as des choses comme le mouvement maker qu’un artisan traditionnel ne comprendra peut-être pas. De l’autre, les nouveaux designers ou artistes ne sauront peut-être pas ce qu’est un type particulier de soudure. Les gens parlent de la même chose mais le disent dans un langage différent. »

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