Makery

Chronique d’une makeuse en matériaux #3

La bourbe finit à la poubelle, alors qu'on peut en faire des produits de finition bio-sourcés ! © Caroline Grellier

Un podium au concours de start-ups du Salon de l’agriculture, un grand bond en avant dans la définition du projet et une première rencontre avec des chercheurs de l’Inra : le projet de valorisation des sous-produits viticoles de Caroline Grellier, baptisé La Termatière, a connu plusieurs déclics en février.

La vie d’une start-up n’est pas un long fleuve tranquille. On passe parfois des mois à travailler sur un aspect du projet et il suffit d’un déclic pour faire un pas notable en avant. Encore plus fort qu’une séance chez un psy, mes premières journées de formation chez Alter’Incub m’ont permis de travailler sur l’identité du projet, passé du stade de bébé (l’idée existe), à celui de l’ado qui cherche à se définir dans la société.

Ce travail d’identité du concept s’est poursuivi lors du concours Agreen Startup / La Startup est dans le pré, véritable booster de projets, co-organisé par Sup’Agro et l’APCA, dans le cadre du Salon de l’agriculture, du 20 au 22 février 2015.

2 mn pour recruter

Deux petites minutes pour pitcher mon projet à l’auditorium devant tous les participants et mentors de La Startup est dans le pré, avec pour objectif de recruter des équipiers aux profils techniques et commerciaux complémentaires à mon profil de créatif.

Premier pari réussi : Rita, étudiante internationale en business agro-alimentaire, Benjamin Furlan, diplômé des Arts & Métiers, et Johan Ricaut, étudiant en école de commerce et lauréat du même concours à Nantes en janvier, me rejoignent pour le week-end.

Et le nouveau nom du projet est adopté : La Termatière évoque à la fois les matériaux issus de la terre et une organisation semblable à une termitière pour la coopérative collective (SCIC).

Commence alors un long brief sur l’état des lieux du projet, au cours duquel mes chers collègues me font rapidement comprendre que les mots « vendre, acheter, client, marché » vont devoir sortir naturellement de ma bouche pour convaincre. En l’espace d’une heure, nous établissons le « go to market », à savoir notre stratégie d’entrée sur le marché : quel produit à fabriquer par qui ? à vendre à qui ? pourquoi ? Le choix se porte sur une feuille de calage en feutre de fibres de sarments destinée au transport des bouteilles, 100% bio-sourcée et simple à produire en petite série, à vendre aux grands domaines dans un premier temps.

La Termatière travaille en économie circulaire à trois niveaux. © Caroline Grellier

1 mn pour l’abattoir

L’abattoir késako ? Un pré-jury exigeant, prêt à tailler en mille morceaux les projets bancals, pitchés en une minute top chrono. La Termatière passe entre les couteaux aiguisés. On prend note des remarques constructives et on se remet au boulot. Un grand remue-méninge mené par le créateur et organisateur de la Startup est dans le pré, Pierre Alzingre, crée un vrai déclic qui nous permet d’aboutir à cette définition :

« La Termatière est une agence de design spécialisée dans le co-développement de nouveaux matériaux et produits 100% bio-sourcés conçus à partir de sous-produits (déchets) agricoles, à destination des mêmes filières agricoles. »

La veille encore, je ne pensais pas créer une agence de design… pourtant, c’est plutôt cohérent. Mon profil de designer fait l’originalité et la valeur ajoutée du projet. Le design est pour moi un outil stratégique d’innovation, replacé en amont de la R&D en agro-matériaux, permettant de concevoir des produits finis utiles, porteurs de sens, qui révèlent l’intelligence du matériau.

De quoi passer une bonne nuit, les idées bien claires.

3 mn en direct du Salon de l’agriculture

Derniers conseils de Pascal Peny et Gaspard Lépine, mentors d’AgroValo, et derniers réglages du pitch, réalisé en direct sur le plateau de Campagnes TV, au beau milieu du Salon de l’agriculture. Trois minutes, c’est court… bien trop court pour présenter son équipe. Il me manque donc 15 secondes et deux slides pour conclure ma présentation. Un peu frustrant, ça me servira d’expérience !

En attendant les résultats du jury, je rencontre un premier client potentiel, le domaine expérimental de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), Pech’Rouge, dont le représentant se montre plutôt curieux en découvrant mes échantillons. La Termatière décroche la troisième place du podium ! Et, au-delà du concours, gagne une bonne visibilité. Vous pouvez désormais suivre le projet sur Facebook et Twitter.

Au pays des bio-matériaux

Le 25 février, j’ai vécu l’équivalent d’un 25 décembre : impatience, excitation et surprises. C’est ma première rencontre avec l’équipe de chimistes de l’Inra qui travaille activement sur la valorisation des sous-produits viticoles.

J’en ressors des paillettes dans les yeux. Une bonne heure et demie à tripoter mes échantillons faits-maison, en émettant avec eux tout un tas d’hypothèses à vérifier quant aux super pouvoirs magiques supposés de mes nouveaux matériaux 100% bio-sourcés vigne, made in France et même made in terroir. L’occasion de rêver un peu et de débuter chaque phrase par des « ça serait génial si ça pouvait.. ».

Echantillons de marc de raisin compressé et lie de vin à la loupe binoculaire. © Caroline Grellier
La surface lunaire de la bourbe séchée, naturellement rose. © Caroline Grellier 
Des grillades… de fibres moulées ! © Caroline Grellier

Pour la première fois, je confronte mon approche de makeuse à des scientifiques. Et les idées fusent ! De cette visite du labo, je retiens surtout que ces chercheurs ne sont pas des messieurs/mesdames en blouse blanche et lunettes, cachés derrière des paillasses proprettes où s’alignent béchers, tubes à essais, ballons et autres ustensiles, mais plutôt une joyeuse bande de créatifs, bricoleurs dans l’âme. Je découvre avec étonnement qu’ils bidouillent aussi, à leur façon, avec des méthodes certes différentes des makers, mais avec un équipement parfois semblable au mien, au moins pour mes phases d’expérimentation matériaux : un mini-four, des moules en silicone achetés dans la grande surface de bricolage du coin, et des objets de cuisine pour fabriquer leurs mixtures top confidentielles.

A la différence d’un fablab, le mot « brevet » revient toutefois régulièrement dans la conversation. Normal puisque cette bidouille-là doit permettre aux filières industrielles d’innover à grande échelle. Reste à savoir où je me positionne…

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